[#Formation] – La mort annoncée de la formation en présentiel ?

Très en vogue dans les entreprises, quelque soit leur taille, leur secteur ou leur ancienneté, la classe virtuelle s’est imposée en quelques années comme un outil indispensable de la formation des collaborateurs.
Elle répond aux besoins d’entreprises dont le modèle est en train d’évoluer par le fait notamment que le travail s’organise aujourd’hui différemment qu’il y a à peine 10 ans.

Cependant, la soudaineté de son apparition, sans doute aidée par le développement de nombreuses Start ups dans le domaine de la formation, et surement aussi une problématique purement sémantique (le terme « classe virtuelle » renvoie malheureusement au côté scolaire), a souvent produit comme effet une certaine méfiance chez les salariés à l’égard de ce dispositif de formation, lui reprochant un manque d’efficacité, un engagement moindre des apprenants, ou encore d’être un système visant à diminuer les dépenses…
Heureusement pour les défenseurs de la « classe virtuelle », depuis maintenant quelques mois, de nombreux chercheurs se mettent à publier sur la thématique, qui s’il en fallait encore une preuve, apparaît aujourd’hui comme un incontournable pour le milieu de l’enseignement. Et les résultats de ces recherches sont étonnants, déroutants, inattendus…

Georges Ferone et Aurore Lavenka, deux chercheurs universitaires ont mis en place une expérience simple mais parlante en termes de résultats : ils ont comparé plusieurs items liés à l’efficacité d’un cours, donné successivement en présentiel et en classe virtuelle. L’objectif est de répondre à deux problématiques : « la classe virtuelle permet-elle véritablement de réduire l’isolement de l’étudiant, la distance entre le formateur et l’apprenant ? Engendre-t-elle des effets sur la manière d’enseigner et sur les interactions en formation ? » 

Palier les manques de la formation en présentiel

Les deux français en ont retenu plusieurs axes intéressants:
La participation des élèves était beaucoup plus forte à distance (en nombre d’interventions et en nombre d’élèves qui prennent la parole). En réalité, la quasi totalité des apprenants se sont exprimés, aidés par un système de commentaires leur permettant d’interagir avec le formateur, et voire d’interagir sans le formateur, ce qui est difficilement réalisable en présentiel.
Par ailleurs, quand on compare l’expérience en présentiel, quelques élèves ont monopolisé la parole, ce qui est une situation rencontrée par beaucoup de formateurs. Les apprenants les plus réservés ont été inhibé par le comportement de ceux qui ont monopolisé la parole.

Derrière donnée à prendre en compte, même si elle apparaît logique, le formateur a délivré un savoir plus conséquent (estimé en nombre de mots),

Une plus grande interaction par la classe virtuelle

Les apprenants étant déshinibés, ils ont pu poser toutes sortes de questions, fussent elles même révélatrices de comportements à améliorer. Les questions se sont elles mêmes centrées sur un aspect pratique, une approche méthodologique et métier.
Autre point à noter, l’initiative du contact a été également quasi exclusivement du fait des apprenants contrairement à l’expérience en salle où le formateur était obligé de solliciter l’interaction pour pouvoir avancer.

Plus de confort également pour le formateur, puisque connaissant les prénoms de chacun de ceux qui commentaient, il a pu créer un lien beaucoup plus teinté d’empathie dès le départ. Car oui, l’heure de début de classe virtuelle étant fixe, le formateur a commencé sans prendre en compte les quelques retardataires qui peuvent ralentir le début d’une journée de formation.

Une difficulté a néanmoins été repérée: celle qui consiste pour le formateur à jouer sur l’humour pour déclencher un sentiment d’adhésion de son auditoire a été rendu plus difficile par le biais de la classe virtuelle.
Ce dispositif pédagogique requiert enfin une plus grande structuration de la part du formateur: la gestion du temps se fait sur un temps plus court qu’une formation en présentiel, il est donc nécessaire de rythmer les thèmes à aborder et répondre précisément à la promesse qui avait été faite aux apprenants. Hors de question donc de faire l’impasse sur un sujet en lançant à la bravade « on le verra une autre fois ». Effet dévastateur garanti.

Etre ou ne pas être 100% distanciel ?

Surtout pas ! Les différentes recherches révèlent au contraire qu’il y a une dimension importante dans le présentiel: le contact humain (faite de conversations hors stage, de moments de convivialité) est plébiscité par les apprenants.
Côté formateurs, le présentiel a souvent la vertu de permettre de jauger un groupe, créer une cohésion, ou encore mettre en place par exemple des ateliers de co construction.

Pour autant, la question n’est pas tant de se demander s’il faut aller vers un mixlearning plutôt orienté vers le présentiel ou vers le distanciel que de mettre en place les outils nécessaires pour permettre à la fois une uniformité de l’expérience apprenant (le fait que l’apprenant retrouve chez lui les mêmes expériences qu’en salle face à un formateur), mais également une adoption importante chez les salariés de ces nouveaux dispositifs de formation.

Pour cela, il est crucial encore et toujours de créer un accompagnement renforcé basé sur tant sur la pédagogie liée au changement que sur l’usage même de ce nouvel outil afin de n’exclure aucun salarié.
Deuxième item important: créer un « côté waouh » permettant à l’apprenant de profiter au maximum de l’interactivité qui lui est proposée, le tout dans un environnement simple, voire déjà connu de lui.

Un challenge donc à relever pour la formation d’entreprise, autant que pour les entreprises ayant des difficultés à conduire le changement: une nouvelle opportunité pour changer le cours des choses ?

Kevin PEYROTTE.