[#Edito] – Les lanceurs d’alerte cherchent-ils à déstabiliser nos démocraties ?

Parmi les affaires révélées par les lanceurs d’alerte, citons par exemple l’affaire Luxleaks qui avait montré au grand jour les pratiques d’optimisation fiscale des multinationales installées au Luxembourg et ébranlé jusqu’au président de la Commission européenne (et ancien premier ministre luxembourgeois de 1995 à 2013), Jean-Claude Junker. Pour avoir soustrait à leur employeur, PricewaterhouseCoopers (PwC) Luxembourg, des centaines de copies d’accords fiscaux passés entre le cabinet d’audit et le fisc luxembourgeois pour le compte de grandes entreprises, Antoine Deltour et Raphaël Halet avaient écopé le 29 juin 2016 de prison avec sursis.
D’autres affaires liées à des «lanceurs d’alerte» ont ponctué récemment l’actualité: les scandales liés aux abattoirs en France, ou encore les révélations des «Panama papers».
Le cinéma s’est depuis emparé du phénomène: Tous sur écoute, qui retrace le destin d’Edward Snowden, l’homme qui a révélé au monde entier l’ampleur de la surveillance exercée par la NSA, et La fille de Brest, qui raconte l’histoire d’Irène Frachon, la pneumologue à l’origine du scandale du Médiator.

Ces chevaliers blancs des temps modernes avaient jusque récemment une bonne image dans l’opinion publique, celle ci trouvant louable de révéler des pratiques viciant le vote démocratique ou la bonne marche des institutions.

Cependant, depuis l’élection de Donald Trump en novembre dernier, un virage s’est amorcé, lequel est le plus visible sur les réseaux sociaux.

Julian Assange, surement le lanceur d’alerte le plus médiatisé, et accessoirement patron de Wikileaks, avait promis moultes révélations sur Hillary Clinton, qui auraient du je cite “l’envoyer en prison”.
Si Wikileaks a bien depuis révélé une partie des emails de l’ancienne Secrétaire d’Etat, rien de bien scandaleux ne s’y trouvait. Il convenait à ce moment là de commencer à se poser des questions sur les intentions de Julian Assange. L’aventure finira comme on le sait, par l’Election du pro Russe et républicain Donald Trump.

Barack Obama quittant la Maison Blanche avait alors réservé sa dernière interview à une sévère mise en garde, et notamment aux alliés des Etats-Unis, citant nommément la France comme étant sans doute le prochain domino d’une politique d’influence de la part de la Russie.

On apprendra à ce moment là que Barack Obama a utilisé la fameuse ligne sécurisée (qui n’avait plus été utilisée depuis le 11 Septembre 2001) entre les Etats Unis et la Russie. Les conseillers du président américain s’épancheront dans la presse spécialisée et feront état d’un quasi casus belli. Ce qui,en ces temps assez troublés, n’était sans doute pas une menace dénuée de fondements.

Les craintes de Barack Obama étaient fondées

Il y a maintenant trois jours, Julian Assange, surement fort de son précédent coup politique, se mit à surfer sur ce que certains appellent le #macrongate, ou la révélation d’une double vie d’Emmanuel Macron avec un dirigeant d’entreprise publique. Il fit alors une déclaration tonitruante promettant des preuves pouvant “impacter l’élection présidentielle française” sur l’affaire de Moeurs du candidat d’En Marche.
Le point commun de ce candidat avec Hillary Clinton est son attachement à l’Alliance Atlantique et donc sa méfiance à l’égard de l’Ours Russe. C’est un point qui ressort de tous les échanges diplomatiques que j’ai pu avoir ces dernières semaines et qui tend à confirmer par la même que des coincidences aussi troublantes laissent poindre une intervention de la Russie auprès de Wikileaks.

Wikileaks s’est transformé en officine politique

La réalité est que jamais dans une élection française, le parti de l’étranger, et donc son influence, avait été si important.
Nous sommes au coeur d’une “guerre, sans morts apparemment mais pourtant une guerre à mort” comme l’aurait dit François Mitterrand en 1995 à Georges-Marc Benamou.

Aussi, si Wikileaks bénéficie d’informations “providentielles” et toujours au détriment des démocraties occidentales (il est curieux qu’aucune révélation ne vienne à être publiée sur l’entourage de l’hôte du Kremlin), il ne faut pas être angélique pour autant: les Panama Papers ont révélé plusieurs milliers de personnes ayant fraudé les autorités fiscales respectives de leurs pays, mais curieusement dans cette liste, aucun Américain n’a été mentionné. De là à penser qu’il s’agit d’une réponse du berger à la bergère…

Aucune solution à notre avantage

L’Union Européenne est dans un piteux état, et je pense, pas en capacité d’affronter deux géants qui se font une guerre sur notre dos. Aussi, le pronostic est nécessairement sombre et sauf à un sursaut patriotique européen, nous allons disparaître de l’Histoire.

Ceux qui ont reproché à François Hollande de ne pas avoir offert à certains lanceurs d’alerte l’asile politique avec autant de verbe doivent aujourd’hui être bien silencieux… A moins qu’ils n’aient trouvé le moyen de donner d’autres leçons du haut de leur magistère moral, leçons toutes aussi dénuées de fondement que les précédentes.

Kévin PEYROTTE.