Adaptive learning, MiniMooc et autres innovations à venir dans la formation

Les organisations sont aujourd’hui en constante évolution. Les industries se consolident, de nouveaux modèles d’affaires émergent, de nouvelles technologies sont développées et les comportements des consommateurs évoluent. Pour les acteurs à l’intérieur des organisations, le rythme toujours croissant du changement peut être particulièrement exigeant, voire effrayant. Cela les oblige à comprendre et à réagir rapidement aux grands changements dans la façon dont les entreprises fonctionnent et comment le travail doit être réalisé. Selon Arie de Geus, un théoricien des affaires, «la capacité d’apprendre plus vite que vos concurrents peut être le seul avantage concurrentiel durable».

Learning to learn, Erika Andersen – Harvard Business Review

La capacité à acquérir de nouvelles compétences et connaissances rapidement et continuellement est essentielle à la réussite dans un monde en perpétuelle révolution. Erika Andersen, en soutenant ce point qui est pour elle un postulat de départ, et qu’il ne convient pas de discuter car je pense qu’elle a profondément raison, nous explique également les items comportementaux qui déclenchent l’acte d’apprentissage chez le salarié, plus petite unité de l’organisation: l’aspiration, la connaissance de soi, la curiosité et la vulnérabilité.

L’évaluation du comportement de l’utilisateur final

La connaissance de ces données motivationnelles est devenue absolument nécessaire pour l’ensemble des acteurs de la formation. Elles constituent une grille de lecture de l’acte de vente/formation comme il y a quelques années, on vendait aux jeunes étudiants en école supérieure de commerce le SONCAS (pour Sécurité, Orgueil, Nouveauté, Confort, Argent et Sympathie).
Même si je pense que cette vision est simpliste, elle a ouvert la voie à d’autres études et publications qui ont offert aux experts de la discipline, une grille plus adaptée au réel, moins pixelisée.
Le monde de la formation est donc entré pour de bon en révolution. Dans quelques années, nous aurons une connaissance approfondie de ces actes d’achat de l’apprenant. Car avant tout, l’apprenant est avant tout un client.

Le rôle du formateur dans la conduite du changement

Le formateur a un talent, une qualité essentielle et intrinsèque à l’exercice de son métier. il est observateur sans en avoir l’air. Depuis longtemps il a intégré de manière instinctive dans sa transmission des éléments qui vont répondre aux besoins et motivations profondes de l’apprenant.
Combien de fois avons nous vu un apprenant fébrile en début de stage car se sentant vulnérable sur ses propres connaissances et donc son activité ?
Il nous est tous arrivé aussi dans un stage présentiel de “ralentir” un apprenant dans son apprentissage car son aspiration individuelle nuisait à la progression du groupe dans sa linéarité.
A chaque situation rencontrée ou presque, nous pourrions calquer cette nouvelle grille proposée par Erika Andersen.

citation

S’ouvre donc une nouvelle compréhension du rôle du formateur, mais aussi la conscience que la linéarité n’est plus permise au risque de ne plus satisfaire l’apprenant dans son expérience de l’apprentissage.

Adaptive learning, interactive learning, mix learning ?

La notion d’adaptive learning est à rapprocher de l’interactive learning, véritable concept sous jacent. Car là où l’adaptive learning supprime la linéarité pour “coller” aux besoins de l’apprenant, l’interactive learning le rend acteur de sa formation.


adaptive learning

Les deux concepts réunis deviennent un cocktail détonnant au service de l’expérience de l’utilisateur final. Les limites s’éloignent voire parfois, disparaissent tout simplement pour le concepteur qui aurait des idées.

Mais pour que ce changement de paradigme (et ce basculement entre une offre linéaire en présentiel vers un mix learning interactif et adaptif) ait une chance de réussir, le concepteur/formateur devra lui même adopter des comportements qui peuvent être parfois novateurs pour lui même:
– Une maîtrise aboutie des process de conception (la gestion de projet notamment -cahier des charges, rétroplanning, note de cadrage, A/B testing, boucles conditionnelles, etc.-);
– Une connaissance approfondie des outils du digital learning, des sociétés porteuses de l’innovation, ainsi que le champ lexical afférent aux nouvelles techniques de formation;
– Un comportement disruptif dans l’exercice de ses responsabilités (inspiré des startupers américains, le formateur devra être un véritable bootstrapper – ou costkiller – il devra chercher à obtenir le meilleur résultat avec des moyens limités ou qu’il limitera volontairement, cherchera à développer ses compétences et sa polyvalence);
– Une prise en compte des techniques du marketing pour vendre sa formation et déclencher l’acte d’achat;
– Une ouverture sur le monde extérieur (en participant à des workshops, et événements inter-entreprises);

Dans tous les cas, l’apprenant ne doit pas s’apercevoir de la complexité du processus de conception de la formation et de l’ensemble des techniques mises à l’oeuvre pour le satisfaire. Il doit vivre une expérience à la fois unique et magique.

Le Mooc est mort, vive le MiniMooc ?

Dans cette question, il y a une double problématique liée d’une part à la durée de la formation, et d’autre part à l’évaluation de celle ci.
Il y a quelques semaines, paraissait dans Le Monde un article sur la mort annoncée des Mooc tels que nous les avons connus au profit d’une nouvelle grappe d’innovations.
Le besoin de réduire la durée de formation est facilement compréhensible: le salarié est entièrement tourné vers son activité et les moments où il peut se poser pour s’auto former sont rares et il faut le dire, souvent en décalage par rapport à l’organisation de sa vie professionnelle.
En ce qui concerne l’évaluation, auparavant, elle était un élément essentiel de la fin d’un MOOC, et il faut bien comprendre pourquoi: le MOOC a été promu par les université américaines pendant des années avec au terme de la formation, un enjeu de certification, véritable outil de promotion de l’excellence américaine.

Une série de 20 questions à la fin de chaque contenu pédagogique maintient elle l’attention de l’utilisateur sur les dernières questions posées de manière équivalente aux premières ? On sait très bien que cela n’est pas le cas.

L’évaluation prend aujourd’hui la forme de questions posées tout au long des modules du MOOC, à l’intérieur même de chaque sous-partie. Ceci favorisant un meilleur engagement de l’apprenant: une série de 20 questions à la fin de chaque contenu pédagogique maintient elle l’attention de l’utilisateur sur les dernières questions posées de manière équivalente aux premières ? On sait très bien que cela n’est pas le cas. Pendant longtemps, on a cru que la typologie de questions (QCM, texte à trous, etc.) avait une incidence. A tort.
Comment nous sommes nous aperçus que l’évaluation était perfectible ? A la suite du développement de travaux sur l’adaptive learning: Une équipe à l’Université de Singapour s’est rendue compte que le temps de formation constaté est en général plus réduit sur des modules faisant appel à l’adaptive learning, donc à une interaction avec l’apprenant. Cela confortait également les résultats obtenus par la Khan Academy.

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Exemple de MiniMooc bientôt proposé sur kevinpeyrotte.fr

Et si la formation devenait invisible ?

Interactive, adaptive, où l’évaluation serait parfaitement intégrée dans la formation, et si l’acte de formation lui même disparaissait en faisant évoluer les enjeux qui y sont liés ?

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Je l’avoue, il s’agit d’une provocation de ma part néanmoins basée sur des questions qui traversent aujourd’hui l’ensemble des secteurs impactés par le technologique.
Les visionnaires les plus brillants posent aujourd’hui la question de la disparition des ordinateurs et autres supports nous permettant d’accéder à internet.

Pour le secteur de la formation, il y aura sans doute d’autres étapes avant que cette question n’effleure les startups friandes de ruptures technologiques. Ce qui semble cependant aujourd’hui une certitude, c’est que le développement du cloud finira par permettre la création de contenus et de programmes de formation d’une complexité jamais égalée, destinée à former tant les chirurgiens à des opérations délicates, que des commerciaux sur des secteurs réglementés (intermédiaires financiers, fonds d’investissements etc.).

Kévin PEYROTTE.